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23.02.2011

Chapitre un des "trois astres"

CE SACRE POINT D’INTERROGATION : UNE DOULEUR INEXPLICABLE


La nuit s’étirait lentement derrière mes volets assoupis. La ville dormait, mon amie aussi. Mon réveil criait 4 heures. L’heure de la fraîcheur matinale qui me tirait de mon lit pour me préparer à aller au travail. Mon cœur débordait de joie.
Depuis une semaine, j’avais emménagé avec Laurence dans mon premier appartement. Il n’y avait guère d’espace mais ce n’était qu’un début, nous avions des ambitions et des rêves plein la tête. Matin bonheur ? Matin surprise ! Les aurores ne sont jamais identiques.
Face au miroir, le rasoir glissait sur mon visage avec une infinie délicatesse. La glace me renvoyait le visage d’un jeune homme heureux. Heureux des choses simples de l’existence et de sa vie de couple. Tout suivrait son cours normal aujourd’hui comme à l’habitude. La jeunesse ne se dessèche pas. Les amis non plus. Du moins c’est ce que je croyais ...
5 heures : la prise de poste de mon emploi, je contrôlais les entrées dans un complexe chimique.
13 heures : le déjeuner qui se poursuit par une sieste bien méritée. 16 heures : repos terminé. Retour de mon amie, secrétaire dans une modeste entreprise. Emploi du temps réglé à la seconde près, se rayant parfois pour un détail que l’on n’avait pas envisagé.
Soudain, une légère douleur tira dans mon dos. Mon reflet dans la glace se crispa : une stupide pointe me piquait les reins comme si un joueur de fléchettes s’en était servi de cible. Je continuais ma toilette sans trop d’inquiétude. « Cela s’arrêterait sans doute à un moment ou à un autre. C’était sûrement un faux mouvement » me disais-je. Quand je refermai la porte Laurence dormait encore. Elle commençait à travailler à huit heure. Je veillais à ne pas la réveiller.
Jour après jour, la douleur persistait. Dans les instants précieux de nos conversations, entre le dessert et le café par exemple, je tentais de l’exorciser en la confiant à Laurence ; « mais qui n’a pas eu ce genre de petit incident ? » me disait-elle.
Pendant près de cinq jours, j’ai vécu ainsi, espérant qu’elle disparaisse telle qu’elle était apparue, par hasard. Mais le hasard ne distribue pas forcément les bonnes cartes !
Le sixième jour, en plein milieu de mon travail, je sentis mon visage pâlir. Ma tête tournait comme une toupie. Mes jambes commençaient à flageoler. Je sentais le sol se dérober sous mes pieds. Ma vision se voilait.
Les gens continuaient de s’agiter autour de moi. Un monde en effervescence qui m’échappait. J’avais terriblement peur de tomber pareil aux feuilles mortes de cette saison d’automne. Je ne voulais pas afficher mon trouble devant mes copains de travail. Profitant d’une légère accalmie, je me suis précipité à l’intérieur des bureaux pour m’asseoir rapidement. Le poste de garde était également un secrétariat. Je devinais que mon visage à moitié trempé et livide reprenait des couleurs. J’étais tranquillisé. J’avais échappé à l’évanouissement. Quel soulagement pour moi !
Je temporisais encore, classant cette indisposition sur le compte d’une fortuite baisse de tension. J’ai souvent rangé de côté ce qui me dérangeait. Solution facile mais certainement pas la meilleure ! Elle ne résolvait pas mon problème.
Le lendemain, après une visite à priori ordinaire chez mon docteur, j’ai appris mon hospitalisation pour un bilan général. Je ne réalisais pas encore vraiment. La sensation d’un grand gagnant du loto mais en sens inverse ! Je me laissais flotter comme le fataliste que j’étais à l’époque, un marin sur un paquebot sans leviers de commande. L’amoureux de littérature que j’étais, percevait sa situation comme un point d’interrogation au bout d’un passage du livre de sa vie.

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